La vente sous contrôle de justice

Quand le tribunal ordonne la vente de votre immeuble : comment ça se passe, ce que vous risquez, et comment préserver ce qui vous revient.

Par Me Louis Sirois, avocat · Mis à jour le 25 septembre 2026 · Droit québécois

Définition

La vente sous contrôle de justice est le droit hypothécaire par lequel l'immeuble est vendu sous la surveillance du tribunal : le tribunal désigne la personne qui procédera à la vente, détermine les conditions et les charges de la vente, indique si elle peut être faite de gré à gré, par appel d'offres ou aux enchères et, s'il le juge opportun, fixe une mise à prix après s'être enquis de la valeur du bien (art. 2791 C.c.Q.). La personne chargée de vendre doit être indépendante des intéressés et compétente. Le produit de la vente sert à payer les créanciers selon leur rang; le surplus, s'il y en a, revient au propriétaire.

Les étapes d'une vente sous contrôle de justice

  1. Préavis d'exercice (avis de 60 jours)

    Le préavis annonce que le créancier entend faire vendre l'immeuble sous contrôle de justice (art. 2758 C.c.Q.). Le délai de 60 jours court à compter de l'inscription au registre foncier.

  2. Demande en délaissement forcé et en vente

    À l'expiration du délai, si le défaut subsiste, le créancier dépose une demande introductive d'instance (anciennement « requête ») devant le tribunal pour obtenir le délaissement (art. 2765 C.c.Q.) et l'autorisation de vendre sous contrôle de justice.

  3. Jugement

    Le tribunal ordonne le délaissement, désigne la personne chargée de la vente (souvent un courtier, un notaire ou un huissier), fixe le mode de vente, les conditions et, le cas échéant, la mise à prix (art. 2791 C.c.Q.).

  4. Vente et distribution du prix

    L'immeuble est vendu; le prix est distribué aux créanciers selon leur rang, après les frais. Le surplus revient au propriétaire. Si le prix est insuffisant, le créancier conserve en principe un recours personnel pour le solde.

Vente sous contrôle de justice ou prise en paiement?

Vente sous contrôle de justicePrise en paiement
Qui devient propriétaireL'acheteur retenu (gré à gré, appel d'offres ou enchères)Le créancier hypothécaire
Valeur nette (équité)Le surplus après paiement des créanciers vous revientPerdue au profit du créancier
Solde impayéVous demeurez en principe responsable du déficitLa dette est éteinte (art. 2782 C.c.Q.)
Contrôle du prixConditions et mise à prix fixées par le tribunal (art. 2791 C.c.Q.)Aucune évaluation du bien : le créancier le prend pour le montant de la dette
Votre levierS'assurer d'une mise à prix réaliste; vendre vous-même avantExiger la vente (art. 2779 C.c.Q.); règle de la moitié payée (art. 2778 C.c.Q.)

Comment protéger vos intérêts

  • Vendre vous-même avant la vente judiciaire. Une vente de gré à gré au prix du marché, avec un courtier, rapporte presque toujours plus qu'une vente forcée, et évite les frais de la procédure. Elle doit rembourser le créancier au complet (art. 2760 C.c.Q.).
  • Faire échec au recours en payant les arriérés, intérêts et frais, ou en corrigeant le défaut, tant que l'immeuble n'est pas vendu (art. 2761 C.c.Q.).
  • Vérifier les montants réclamés : le créancier ne peut réclamer que les intérêts échus et les frais engagés, à l'exclusion de ses honoraires professionnels (art. 2762 C.c.Q.).
  • Intervenir sur les conditions de vente : évaluation de l'immeuble, mise à prix, mode de vente, délais de mise en marché — le tribunal fixe ces conditions et peut entendre le propriétaire.
  • Contester le délaissement s'il existe une cause valable d'opposition (art. 2765 C.c.Q.).
  • Planifier l'après-vente : si un solde risque de subsister, examiner avec un syndic autorisé en insolvabilité et votre avocat les solutions pour le régler.

Pourquoi le prix obtenu compte autant

Dans une vente sous contrôle de justice, chaque dollar de moins sur le prix de vente est un dollar de moins pour vous — ou un dollar de plus de solde à payer. Une mise à prix trop basse, une mise en marché bâclée ou une vente aux enchères mal préparée peuvent vous coûter des dizaines de milliers de dollars. C'est précisément là qu'un avocat qui intervient tôt fait une différence mesurable.

Références

Code civil du Québec, RLRQ, c. CCQ-1991 : art. 2748 C.c.Q., art. 2749 C.c.Q., art. 2757 C.c.Q., art. 2758 C.c.Q., art. 2760 C.c.Q., art. 2761 C.c.Q., art. 2762 C.c.Q., art. 2765 C.c.Q., art. 2778 C.c.Q., art. 2779 C.c.Q., art. 2782 C.c.Q., art. 2791 C.c.Q.. Voir aussi le guide complet sur l'avis de 60 jours et la page sur la prise en paiement.

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