Qu'est-ce qu'un avis de 60 jours?
L'« avis de 60 jours » est le nom courant du préavis d'exercice d'un droit hypothécaire prévu aux articles 2757 et suivants du Code civil du Québec. La banque, la caisse ou le prêteur qui détient une hypothèque sur votre immeuble vous le fait signifier (habituellement par huissier) et l'inscrit au registre foncier. Il dénonce votre défaut (par exemple des versements en retard), indique le montant réclamé et le recours que le créancier entend exercer (prise en paiement, vente sous contrôle de justice, vente par le créancier ou prise de possession), et vous somme de délaisser l'immeuble à l'expiration du délai si le défaut n'est pas corrigé.
À partir de quand le délai de 60 jours commence-t-il à courir?
Le délai de 60 jours court à compter de l'inscription du préavis au registre foncier (bureau de la publicité des droits), et non à compter de la date où vous l'avez reçu (art. 2758 C.c.Q.). La date d'inscription figure sur le préavis ou peut être vérifiée au registre foncier. Le délai est de 20 jours pour un bien meuble et de 10 jours lorsque le créancier veut prendre possession du bien pour l'administrer.
Dois-je quitter ma maison quand je reçois un avis de 60 jours?
Non. Le préavis n'est ni un jugement ni une ordonnance d'expulsion. Vous demeurez propriétaire et occupant de votre immeuble. Pour vous forcer à délaisser, le créancier doit, après l'expiration du délai, obtenir un jugement en délaissement forcé du tribunal (art. 2765 C.c.Q.), à moins que vous ne signiez un délaissement volontaire — ce qu'il ne faut jamais faire sans avis juridique.
Puis-je arrêter la procédure en payant l'arriéré?
Oui. L'article 2761 du Code civil du Québec vous permet de faire échec au recours du créancier en lui payant ce qui lui est dû (les versements en retard, les intérêts échus et les frais engagés) ou en remédiant au défaut, et ce, tant que l'immeuble n'a pas été pris en paiement ou vendu. Vous n'avez pas à rembourser la totalité du prêt, sauf si le prêt a été légalement rendu exigible et que le créancier réclame le solde entier : ce point doit être vérifié dans votre acte de prêt et dans le préavis.
La banque peut-elle m'imposer ses frais d'avocat?
Non. Selon l'article 2762 du Code civil du Québec, le créancier qui a donné un préavis ne peut exiger du débiteur aucune indemnité autre que les intérêts échus et les frais engagés, et ces frais excluent, malgré toute clause contraire, les honoraires professionnels (par exemple les honoraires d'avocat) que le créancier a engagés pour recouvrer le capital et les intérêts ou pour conserver le bien. Les frais de signification et d'inscription du préavis peuvent toutefois vous être réclamés.
Puis-je forcer la banque à vendre la maison plutôt que de la prendre en paiement?
Oui, dans le délai imparti pour délaisser (les 60 jours), vous pouvez exiger que le créancier abandonne la prise en paiement et procède plutôt à la vente de l'immeuble, lui-même ou sous contrôle de justice (art. 2779 C.c.Q.). Il faut au préalable inscrire un avis à cet effet au registre foncier, le faire signifier, rembourser les frais engagés par le créancier et avancer les sommes nécessaires à la vente. Ce recours est stratégique lorsque l'immeuble vaut nettement plus que la dette.